Des dizaines d’ébauches de texte ont voulu naître
Sous mes doigts nerveux, révoltés, impuissants
Prendre la parole peut couter cher
La menace de représailles bien palpable
Dans un malaise social qui cherche nerveusement -et trouve souvent
Son bouc émissaire.
Je n’aurais jamais pensé dans ma vie
Vivre l’expérience
De trembler avant de publier.
Que de partager opinions et observations
Dans un élan de contribution
Devienne stratégie hautement risquée
Pour ne pas imploser.
Depuis les trente glorieuses
Et malgré les années glauques qui ont suivi (80s?)
Nous nous étions crus privilégiés
Une classe moyenne se croyant souveraine
Vivant sans trop de contraintes apparentes
Maitre et libre au centre de sa sphère d’influence
Aussi humble fut-elle.
Après des années à explorer les mouvances intérieures, la présence, l’intuition, l’intelligence des émotions, voilà que l’extérieur venait jouer dans ma cour, piétiner mes plates-bandes, annuler mes projets… and it finally got my attention.
Morpheus tend ses mains ouvertes vers Neo, une pilule dans chaque main : bleue ou rouge? Réconfort ou lucidité? Aller dans le sens du poil de la conformité ou oser mettre en doute et risquer l’ostracisation? Which one will it be?
Une des histoires que je veux raconter c’est celle d’un deuil. Le deuil de papa-gouvernement, de l’État-providence. Un caregiver bureaucratique que je percevais comme loin d’être parfait bien sûr, mais ultimement bienveillant… surtout en temps de crise. Jusqu’en 2020, j’avais toujours approuvé la position un peu plus socialiste du Québec avec l’influence marquée de l’État dans les sphères sociale et économique. J’avais l’impression que ce penchant à gauche atténuait quelque peu (bien que de moins en moins) l’influence sauvage des grandes multinationales et oligarchies de ce monde.
Persistaient toujours dans ma psyché les échos mythiques de la Révolution tranquille, de René Lévesque, de la nationalisation des ressources, des efforts d’inclusion et de soutien social à travers des décennies marquées de crises économiques, crises sociales, crise de l’emploi, crise de sens.
Arrive 2020. Après 6 mois d’adhésion rigoureuse aux consignes (mes épiceries passées au push-push d’eau de javel), des questions inconfortables surgissent, se multiplient, les réponses m’échappent ou me troublent, je constate incohérences, manipulations médiatiques, omissions de faits importants, des intervenants sincères sont ridiculisés. On passe sous silence des principes fondamentaux de santé globale. À l’été 2020, 50 000 personnes marchent pacifiquement dans les rues de Montréal pour critiquer les mesures démesurées : silence radio médiatique! Ce fut mon wake-up call. Ces plateformes d’information censées donner voix aux différents points de vue et positions. Rien. Même Radio-Can qui avait depuis longtemps sa place bien au chaud dans mon coeur de Canadienne a mari usque ad mare : Nothing. Le Devoir, dernier semi-rebelle des grands journaux? Niente. Et toi Josée B., chroniqueuse allumée adorée, ne nous offres-tu pas quelque bribe de lucide indignation? Non.
Depuis trois ans maintenant, cette tendance au silence persiste (alors que surviennent d’énormes manifestions populaires pacifiques, études contredisant le narratif officiel, témoignages de détresse, etc.). Si le silence est brisé, c’est typiquement dans l’expression d’un biais défavorable envers les opinions divergentes. Incitation à la division, à l’exclusion, à la peur, à la haine.
Faire le deuil d'un système représentatif
Où personne n'est représenté, en réalité
Programmation, décisions arbitraires, imposition
Intimidation, état policier pour les non masqués
Faire le deuil d'un parti qui faillit à son devoir
De défendre les intérêts du peuple
De débattre de bonne foi les différentes avenues possibles
Être témoin d’une gestion de crise sans transparence
Une machine médiatique défendant avec acharnement
Une seule lecture de la situation
Une solution unique à tous maux
My body my choice mais pas quand your choice
Nous embête
Des mesures liberticides aux vertus plus que discutables
Vendues à coup de millions publicitaires
Hypnotisant une population isolée et PTSD
Campagne de censure vitriolée
Voix dissidentes bâillonnées
Et je reviens au deuil. Le deuil d’un papa-gouvernement (imparfait, mais) bienveillant. Elisabeth Kubler-Ross découpe le processus du deuil en cinq stades. Le processus n’est pas linéaire, les étapes se chevauchent et les u-turns sont fréquents.
1. Déni : #cavabienaller
Ça va être correct, on est entre bonnes mains, les instances d’autorité s’informent rapidement et leur plan d’action sera le plus efficace possible. Il y a des incohérences, mais nos dirigeants font de leur mieux. On suit la ligne de la précaution et du gros bon sens. It’s all good.
2. Colère : #cavamalencriss
C’est quoi ça l’idée de fermer les petits commerces et de garder ouvertes la SAQ et la SQDC comme services essentiels, comme SERVICES ESSENTIELS, jeezus christ! Ça fait la file (interminable) pour leur pinot grigio pendant que les petits entrepreneurs meurent et que les Amazon Netflix Apple de ce monde accusent une hausse de profits exponentielle! What a shit show!
3. Marchandage : #ouimais
Bon bon OK, ça va surement se calmer cet été, je vais quand même pouvoir offrir mes ateliers à l’automne. Si les gens se réveillent et se tiennent debout un peu, le gouvernement ne pourra pas imposer un autre confinement, jamais j’croirai! La PCU adoucit l’effet déprimant de la tyrannie sanitaire, I’m good for now. Je me croise les doigts.
4. Dépression : #cityofthewalkingdeads
Yarke, yar-ke, tous ces gens avec leurs masques, même dehors! Même seuls dans leur voiture! Les gens ne se donnent même plus la peine de chercher le contact visuel en se croisant sur le trottoir, de se rencontrer dans les yeux, faute de pouvoir se voir la face. À chaque fois que je rentre dans un commerce avec mon face-diaper, j’ai honte, j’ai mal à mon humanité, je me sens lâche. J’ai honte quand je croise le regard d’un bébé dans son carrosse : “ ben oui, c’est ça le monde dans lequel tu viens de retontir mon cher toddler, une gang d’humains qui vivent dans la peur et la confusion! Bonne chance! ” J’entends des témoignages d’éducatrices qui constatent que certains bébés à la garderie expriment peur et épouvante quand leur éducatrice… enlève son masque!
5. Acceptation : #mieuxvautardquejamais
OK, OK, OK. La situation est difficile et hautement volatile. Faisons limonade avec citrons et focalisons sur le silver lining. Kossé faire maintenant? Lequel des deux loups nourrir? Fist thing : getting the hell out of this city!
Ainsi se compléta mon deuil de papa,
L’idée d’un big daddy veillant maladroitement
Sur un équilibre sociétal précaire.
À présent, je vois la scène politique pour ce qu’elle est réellement :
Une scène.
Et je comprends maintenant - sans amertume -
Que les principaux acteurs sur scène se foutent com.plè.te.ment
Du bien-être commun.
Cette lucidité m’aide à mieux naviguer
les possibilités d’action qui s’offrent à moi maintenant.
Ouvrir les yeux, me relever les manches
Reconnaitre avec stupéfaction
Mon manque aigu de connaissances et de compétences
Dans tous les domaines essentiels
De la vie hors-les-murs-de-consommation-industrielle
Et ce, malgré les sacrifices de ma mère
Qui s’était “fendue en quatre”, disait-elle
En misant sur mon éducation
De la maternelle au cégep j’ai survécu
Costumée et bien programmée au privé
Garder le coeur tendre malgré les peurs et les incertitudes
Déménagée sur bord de rivière
J’apprends maintenant des notions basiques basiques basiques
D’autonomie alimentaire et énergétique (#mieuxvautardquejamais ici aussi)
Je rencontre des gens aux parcours si variés
Des gens que je n’aurais même pas regardés
Avant
Ralliés que nous sommes maintenant
Par le défi commun d’apprendre à se réinventer
En ces temps si incertains et à travers les apparentes accalmies
Sortir graduellement de l’hypnose.









