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j'arrive tôt. bien sûr que j'arrive tôt.
le conservatoire dors encore
à part le guitariste earlybirdy
non c'è nessuno qui
j'arrive dans la salle tout néon grande allée
boites insonorisées
tous les cubicules sont inoccupés et leur porte ajourée
ici on assume l'individualisme musical
la nécessité de concentration
pratiquer l'art dans sa bulle carrée
air recyclé et volutes de transpiration gossage hormone moment d'inspiration
réussites
fuckthatshit
j'enlève mes bottes respectueusement
je les laisse à l'extérieur
je retrouve le piano droit fidèle égratigné tatoué
empreintes de doigt gras sur le vernis
des poussières de gomme à effacer
depuis la veille rien a bougé
chaises lutrins planche de bois en T
fouille-moi pourquoi
j'adore me retrouver là
même sous le humming inquiétant du néon peu flattant
et la déprime des murs beiges
something is-a-happening
i love java jivin' jazz progressing
les passages en mineur 6
et grandes finales
je les joue en boucle
avec pédale
quand me vient un moment de courage
sors le mince cahier. la si do do# ré# mi ré(bécarre) do(bécarre)
j'ai le solfège timide et tâtonnant
la mélodie s'égrène laborieusement
quand la concentration me fuit
le banc de piano supporte pont&poisson
un handstand discret dans le coin avoye donc
quel bonheur! l'intimité cubiculaire peut se transformer
en salle de yoga toute equipée
comme le prisonnier qui marque le temps sur les murs de sa cellule
dans les cubicules incubateurs aussi
les longues heures de pratique&supplice, droguées à la procrastination,
y laissent traces symboles et prières de rédemption
c'est dans celui complètement au fond que j'ai trouvé cette invitation anonyme
gravée au canif, une calligraphie rondelette:
come dance with me baby! <3 and let me kiss you