Lire un lit
Et ne plus serrer les fesses
Quand on entre dans l'eau.
Les promesses d'ecchymoses et d'éraflures sont disparu
Ne reste qu'à découvrir les fentes et saillies
Découvrir ce courant secrètement puissant
Qui dévale les pentes invisibles
Au-dessus de l'eau, à vue d'homme à vue d'oiseau
On voit le tracé de rivière
La courbe soudaine qui l'annonce, le tournant évasé où elle disparait
Au-dessus de la ligne d'eau, le murmure des rapides est constant,
Incessant, rassurant.
On voit à gauche à droite, l'amont et l'aval
La rive de cèdres et la petite plage de l'autre bord
On voit ce qui flotte, ce qui s'empêtre s'accrocheMais on n'y voit rien presque rien
À l'endroit où se pose le pied la main
À part dans l'angle parfait d'un rayon de soleil
Invisibles sont les détails les craques du lit
Où sont les étroits bassins? Les roches en dents de scie?
Au-desus de l'eau on peut voir loin mais pas profond
Même avec crocs aux pieds, on avance à tâtons.
Le lit d'irrégularités nous flanche la cheville,
Et grafigne les tibias insouciants.
À tout moment se perd le ballant
Paumes et fesses aux rugueuses rocailles
**
C'est sur la fin fin de l'été que j'allume
C'est en fin fin d'été que j'enfile
Un masque d'apnée jusque là oublié
Un beau dimanche de septembre je le presse donc
Contre visage pour faire ventouse
M'incline vers l'avant et plonge face et front
Nez à nez avec deux poissons
Un petit un gros, ils sont surpris je fais le saut.
Glisse ensuite sous les draps, toute entière submergée
Sans fausse pudeur et petit à petit, le lit mystérieux dévoile
Ses ombres et reliefs, ses petites plages de sable, ses débris d'arbres et de moules
Je peux m'agripper maintenant à ce qui m'écorchait tantôt
Et faire le poisson dans les bassins plus profonds.
Je perçois leur volume réel et ça me rassure:
Aucun danger, pas de branche qui empale, de roche acérée.
À contre courant, on peut se parfaire au crawl-sur-place.
Ou s'agripper de la main à l'arête rocheuse,
Et s'allonger l'horizontal dans une pose Superman
Lui dans l'air et le vent
Nous dans le courant
Les zones peu profondes je les traverse sans crainte de coupure
Avec cette vision d'apnée, un pied d'eau suffit pour glisser
Au-dessus de chaines et vallées
Alors que le long weekend tire à sa fin
Et que déjà le rouge se mêle au vert des arbres
Le côté jouissif tardif de changer de point de vue
De glisser sous la surface
Avant le froid avant les glaces
Se reconnaitre une nouvelle topographie,
Se lisant le lit


